Présidentielle sénégalaise : de la défiance dans l'attente des résultats

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Mardi 26 février, les Sénégalais attendent toujours de savoir qui sera leur prochain président, alors que des déclarations contradictoires ont fusé de la part de la coalition au pouvoir comme de l'opposition.
Ce matin, comme d'habitude, Abdou a accroché ses journaux à des ficelles pour les présenter aux passants. Autour de lui, un petit attroupement se forme rapidement.

Les passants scrutent les unes, sans trop parler, restant à bonne distance. Une distance de sécurité dirait-on, comme pour ne pas trop s'impliquer dans le désordre ambiant. Cela fait deux jours qu'ils ont voté pour élire leur nouveau président, assez de temps pour qu'hommes politiques et médias soient éclaboussés par différentes accusations.

Tout avait pourtant bien commencé. Dimanche 24 février, le jour du scrutin, l'atmosphère était plutôt apaisée, les citoyens montrant « leur maturité démocratique », comme beaucoup ont pu le commenter. Mais depuis le soir de ce jour-là, le calme a fait place à la confusion la plus totale. Successivement, Idrissa Seck et Ousmane Sonko d'un côté, et la coalition du président sortant Macky Sall de l'autre ont tiré la couverture à eux. Dans une conférence de presse conjointe, les deux premiers ont annoncé un « inévitable second tour », tandis qu'une bonne heure plus tard, peu après minuit, le Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne proclamait Macky Sall victorieux, « avec un minimum de 57 % des voix ».

Stupéfaction. Aujourd'hui encore, alors que toutes les instances en charge du processus électoral s'égosillent pour rappeler les règles et dénoncer les annonces prématurées, les Sénégalais restent dans le flou.
Et la voix des citoyens ?

« C'est Macky Sall qui va gagner », déclare Zeina, affairée dans son magasin et visiblement satisfaite. Dimanche soir, comme beaucoup de Sénégalais, elle était vissée devant son écran de télévision. Les médias avançaient des chiffres, ceux de certains bureaux de vote où leurs correspondants avaient suivi le dépouillement. Mais elle le savait, ce n'est pas ce soir-là qu'elle connaîtra le vainqueur, elle doit attendre vendredi. Comme l'a rappelé la Commission électorale nationale autonome (Cena), le processus de compilation des résultats prend du temps. Les procès-verbaux doivent passer par les commissions départementales de recensement des votes (CRDV), puis la Commission nationale de recensement des votes (CNRV), avant la publication officielle des résultats, vendredi 1er mars, par le Conseil constitutionnel.

Après l'annonce de la victoire de Macky Sall par son camp, les boucliers se sont levés. « Ce n'est pas lui, c'est son Premier ministre qui a parlé, essaie de défendre Zeina, sans croire vraiment à son argument. Mais c'est vrai qu'il n'aurait pas dû », finit-elle par avouer. « Il n'aurait pas dû », un credo qui revient au sein de la population. Hier, les femmes de l'opposition ont organisé un sit-in, dénonçant le « viol de [leur] droit fondamental de choisir [leur] dirigeant ».

Lors d'une conférence de presse, lundi 25 février, le président de la CNRV a lui-même désavoué le Premier ministre. « Personne n'a le droit de proclamer des résultats provisoires, sauf la Commission nationale de recensement des votes », a déclaré Demba Kandji.

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La presse vilipendée…

Les médias en ont aussi pris pour leur grade. Lors de la conférence de presse conjointe des coalitions Idy 2019 et Sonko président, dimanche soir, les journalistes du groupe sénégalais « Futurs médias » (RFM, TFM) ont été hués, comme d'autres de la presse étrangère. Les deux candidats favoris de l'opposition ont accusé certains médias d'une partialité favorisant Macky Sall.

« Youssou Ndour [propriétaire de Futurs médias] a donné des résultats très vite en faveur de Macky Sall, ce n'est pas normal », assure Fallou Gallas Niasse, en pleine discussion avec quelques hommes du quartier. Avant qu'un autre s'emporte : « Mais ça étonne qui ? On l'a vu faire le tour du pays avec le président pendant sa campagne. Ce n'est pas digne d'un média, il n'a pas le droit de faire ça. » L'indignation contre la presse règne. Le candidat Ousmane Sonko a même invité « la jeunesse à protester devant tout média prenant la responsabilité de déclarer Macky Sall vainqueur au premier tour sans les résultats officiels ».

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… se défend

Sur les réseaux sociaux, dans les journaux et sur les antennes, les responsables des médias se relaient pour se défendre. Interrogé par iRadio, Ousmane Ndiaye, rédacteur en chef de TV5 Afrique, a fait part de ses craintes à la suite des déclarations du jeune candidat : « Les déclarations du candidat Ousmane Sonko [...] constituent une atteinte à la démocratie sénégalaise », avant d'insister : « On ne peut pas, dans une démocratie, appeler ses militants à marcher sur des radios ou sur des médias, c'est inadmissible. »

Les organisations de médias du Sénégal (SYNPICS, CDEPS, APPEL, APES et CJRS) ont condamné unanimement les propos d'Idrissa Seck et d'Ousmane Sonko, les qualifiant de « désobligeants et irresponsables ». Dans un communiqué publié lundi, ils ont appelé à la prudence : « Reprocher à des médias, sur la base de remontées des résultats issus des urnes et d'un travail statistique, de donner les tendances du moment, alors qu'en même temps on s'arroge le droit d'orienter l'opinion vers une issue de l'élection, c'est vouloir nier à la presse son rôle de sentinelle de la démocratie et mettre à la poubelle son habituel rôle de témoin des faits électoraux. »

Pendant ce temps-là, le travail de recensement continue. Région après région, des résultats sont donnés, mais au vu de la confusion qui règne dans le pays depuis deux jours, on préfère être prudent. « Moi je ne croirai personne avant vendredi, assure sagement Ndeye, toujours devant les journaux prisonniers des épingles à linge. Selon Demba Kanji, le président de la CNRV, les résultats provisoires officiels nationaux seront connus au plus tôt demain, mercredi 27 février.

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