Le Sénégal met le cap vers un régime présidentiel

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À peine réélu et déjà aux prises avec une réforme de la Constitution. Macky Sall a annoncé samedi 6 avril vouloir renforcer la dimension présidentielle du régime politique en cours au Sénégal en supprimant le poste de Premier ministre, une manière de faire l'économie de procédures allongeant les délais de prise de décision.

 

Le Sénégal sans Premier ministre, du déjà-vu !

Figure de modèle démocratique en Afrique, le Sénégal s'était déjà passé de Premier ministre jusqu'en 1970 sous la présidence de Léopold Sédar Senghor, quand Abdou Diouf avait été nommé à la primature, et sous la présidence d'Abdou Diouf, au début des années 1980. Les contextes étaient alors bien différents. En 1963, alors que ses relations avec Mamadou Dia, président du Conseil (équivalent du poste de Premier ministre, NDLR), battent de l'aile, le président Léopold Sédar Senghor prend plusieurs décisions importantes, dont l'organisation d'un référendum, et supprime le poste de Premier ministre. Sept ans après, le 26 février 1970, le président Senghor, rassuré par le profil d'Abdou Diouf, organise un nouveau référendum et le nomme à la primature. En 1981, Abdou Diouf accède à la présidence de la République et imite Senghor en supprimant le poste de Premier ministre, le 1er mai 1983, à la suite de la révision constitutionnelle adoptée par l'Assemblée nationale. En mars 1991, il revient sur sa décision et rétablit la fonction de chef du gouvernement.

Ce que veut Macky Sall

À la manœuvre en 2019, Macky Sall a reconduit dans ses fonctions le Premier ministre qu'il a nommé il y a 57 mois. Mahammed Boun Abdallah Dionne aura la tâche de présenter à l'Assemblée nationale, où il dispose d'une confortable majorité, une réforme qui « passera par la suppression de l'échelon intermédiaire de Premier ministre », a expliqué en personne le chef du gouvernement depuis le palais présidentiel. « Ce dont il s'agit, c'est de diminuer les goulots d'étranglement pour que l'information circule davantage » et pour que les réformes aient « davantage d'impact pour les populations », a-t-il souligné à la télévision. Pendant la période de transition, Mahammed Boun Abdallah Dionne cumulera ses fonctions de Premier ministre et de nouveau secrétaire général de la présidence de la République. Ensuite, « la deuxième fonction qui m'a été confiée prendra le dessus, bien entendu », a-t-il précisé.

Macky Sall a décidé d'« insuffler une nouvelle dynamique à la conduite des affaires publiques » avec pour objectif « la simplicité dans l'organisation », « la souplesse dans l'action » et « la clarté et la lisibilité des échelles de responsabilités », avait peu avant expliqué le secrétaire général de la présidence de la République sortant, Maxime Jean-Simon Ndiaye. « Il faudra faire une modification au poste de Premier ministre. Il faudra que l'on puisse répondre avec célérité aux demandes des populations et à la demande récurrente des jeunes sur l'emploi, aux questions de développement et à l'accès universel » aux services publics, avait confié dans l'après-midi Macky Sall à son Premier ministre Dionne, selon des images télévisées de leur entretien. « Une fois la réforme passée, vous pourrez m'aider dans le suivi de la mise en œuvre de l'action du gouvernement », lui avait-il expliqué.

 

La classe politique sénégalaise divisée

Pour le président de l'Assemblée nationale, Moustapha Niasse, qui se confiait ce dimanche 7 avril au quotidien Le Soleil, « quand on aime son pays comme un homme d'État, on doit accepter, et par-dessus tout, de réaliser ce projet ». Le journal rappelle l'expérience de l'homme d'État, qui avait été chargé par Abdou Diouf de supprimer son propre poste de chef du gouvernement. « Pendant vingt-six jours, j'ai mené ce projet phare de la présidence de Diouf, car il était porteur d'espoirs et d'avantages », se souvient-il pour Le Soleil dans un entretien téléphonique. « Le président Macky Sall m'avait mis au courant de son projet. Il m'en avait parlé et je trouve que c'est une excellente chose. C'est une bonne chose parce qu'il va donner des avantages certains dans la conduite de la gouvernance et dans la réalisation des projets du quinquennat », a-t-il ajouté.

Mais les réactions sont plus que mitigées après cette décision du côté de l'opposition sénégalaise. Le leader de l'Alliance pour la citoyenneté et le travail (Act), par ailleurs ancien Premier ministre, Abdoul Mbaye a déclaré via Twitter : « Le recul démocratique engagé se poursuivant, le changement prochain du Sénégal en un émirat ne sera pas une surprise. »

Sur la radio Sud FM, Doudou Wade, du PDS, affirme que, « dans ce cas précis, les ministres seront, de pratique, des gens qui ne décideront pas, le président de la République va donner des instructions et ils vont suivre ces instructions. »

Beaucoup y voient une stratégie du chef de l'État réélu le 24 février dernier en vue des élections législatives de 2022.

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