Algérie : non, le pouvoir n'a pas renoncé

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Le pouvoir algérien semble décidé à proroger le mandat du chef de l'État intérimaire, Abdelkader Bensalah, pour tenter de sauver son plan de sortie de crise.Le temps constitutionnel est consommé. Trois mois après, ce 9 juillet à minuit, le mandat du président par intérim Abdelkader Bensalah s'achève, selon la Constitution, sans que les autorités aient réussi à organiser une présidentielle pour combler le vide institutionnel après la démission de l'ex-président Abdelaziz Bouteflika, le 2 avril.


Bensalah reste en place

L'ancien président du Sénat, Bensalah, décrié par les manifestants qui sont dans la rue depuis le déclenchement du mouvement populaire du 22 février, s'est retrouvé chargé de l'ingrate mission d'assurer les fonctions régaliennes, à défaut de légitimité des urnes ou du hirak. Sa première mission, organiser une élection présidentielle avant l'achèvement de son mandat de 90 jours, a été un échec. Le 2 juin dernier, le Conseil constitutionnel a fini par reporter cette échéance prévue pour le 4 juillet, par manque de… candidats. Mais le conseil des sages a rendu une autre décision : « Il revient au chef de l'État de convoquer de nouveau le corps électoral et de parachever le processus électoral jusqu'à l'élection du président de la République et la prestation du serment constitutionnel. » L'idée est que Abdelkader Bensalah pourrait donc rester à son poste au-delà de son mandat de trois mois avec comme objectif principal l'organisation d'une prochaine présidentielle. À ce moment-là, des voix de l'opposition se sont élevées contre le prolongement sine die du mandat du chef de l'État par intérim. Le juriste Abdellah Heboul réagissait ainsi sur les colonnes d'El Watan : « Le Conseil constitutionnel a fait de Bensalah un chef d'État pour une durée indéterminée ! Ce n'est pas prévu par la loi. Le chef de l'État est soit élu pour cinq ans, ou bien désigné pour rester 90 jours, dans les termes de l'article 102.

Le pays dans une situation inédite

Mais dans les arcanes du pouvoir, l'idée d'une convocation, à nouveau, du corps électoral pour aller à une présidentielle rejetée par la rue et par la majorité de l'opposition a été petit à petit abandonnée. Même le chef d'état-major, Ahmed Gaïd Salah, a relativisé son attachement au calendrier constitutionnel. L'homme fort du moment a, dans ses récentes déclarations, proposé une nouvelle option : un dialogue politique élargi et une instance indépendante pour gérer l'élection comme préalables à l'organisation de la présidentielle. Cette offre a été confirmée lors du dernier discours de Bensalah, le 3 juillet dernier : il appelle à un dialogue inclusif où seront absents les représentants de l'État – y compris de l'armée – qui contribuera à installer « une instance ou d'une autorité indépendante pour la supervision de la prochaine présidentielle et amender la loi électorale ».

L'opposition rejette les plans du pouvoir

Le « forum national du dialogue » tenu samedi 6 juillet, au lendemain d'un vendredi historique de mobilisation à l'occasion du 57e anniversaire de l'indépendance algérienne, semble bien converger vers ce nouveau calendrier des autorités. Onze partis politiques et trente syndicats se sont réunis à l'ouest d'Alger afin de dégager une plateforme de propositions face à l'offre des autorités : consensus a été trouvé pour évoquer l'urgence d'aller vers une présidentielle, mais avec des garanties solides assurant la transparence de ce scrutin. Au-delà de la création d'une instance indépendante pour superviser et organiser la prochaine présidentielle, une partie de l'opposition réclame la tête du gouvernement de Noureddine Bedoui. L'ancien ministre de l'Intérieur – ex-superviseur des élections des dernières années Bouteflika – ne pourrait, selon l'opposition, rester en place. « Le gouvernement actuel est une continuité de l'exécutif sous Bouteflika, il résiste au changement », explique, ce mardi 9 juillet, au quotidien El Khabar Abdelaziz Rahabi, ancien ministre et coordinateur du « forum national du dialogue ». « Comment dialoguer alors que l'État profond reste concentré dans les wilayas (les préfectures) et continue à protéger les rentiers réfractaires au changement ? » poursuit Rahabi. En tout cas, côté autorités politiques et militaires, la décision de faire prolonger le mandat de Bensalah, qui devra « accompagner », à distance, d'incessants rounds du dialogue partis-société civile pour préparer la présidentielle, est prise. En ce dernier jour du mandat du président intérimaire, le journal étatique El Moudjahid, porte-parole du pouvoir, ne veut laisser aucun doute planer : « il n'y aura pas de vide institutionnel, et l'actuel président intérimaire assurera la continuité de l'État et des institutions de la République jusqu'à la prochaine élection présidentielle ».

Adlène Meddi, avec Le point

Lu 4375 fois Dernière modification le mercredi, 10 juillet 2019 14:48

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