Afrique du Sud - Restitutions des terres : l'ex-président Thabo Mbeki cloue l'ANC au pilori

Évaluer cet élément
(0 Votes)

C'est un rapport daté de septembre 2018 intitulé « Qu'est-ce que l'expropriation des terres sans compensation ? » qui fait couler beaucoup d'encre en Afrique du Sud. Trente pages dans lesquelles la fondation de l'ancien président Thabo Mbeki a exposé des points de vue solides sur le débat foncier.

L'ANC y est violemment critiquée pour avoir abandonné les principes non raciaux du parti dans son cadre de discussion. « Dire que la terre doit être prise des Blancs et donnée aux Noirs équivaut à une trahison de l'identité de l'ANC », estime le document.
L'ex-président Mbeki accuse l'ANC d'être un « parti de Noirs »

Pour justifier sa prise de position, la fondation lancée en 2010 s'appuie sur la charte de la liberté selon laquelle « l'Afrique du Sud appartient à tous ceux qui y vivent : le Noir et le Blanc ». Thabo Mbeki avait succédé à Nelson Mandela, de 1999 à 2008. Mais il n'a pas terminé son dernier mandat. Il a été rejeté par l'ANC et remplacé par Jacob Zuma, qu'il accusait dès lors de corruption. Applaudi et admiré pour son discours de 1996 dans lequel il affirmait « je suis un Africain », Thabo Mbeki est encore très écouté en Afrique du Sud.

Le président actuel, Cyril Ramaphosa, entend modifier la Constitution de l'Afrique du Sud pour autoriser explicitement l'expropriation de terres sans compensation, afin de redistribuer les terres aux Noirs pour lutter contre les inégalités nées des années de colonisation et d'apartheid. La « mission historique de l'ANC » a toujours été de « rejeter le racisme nauséabond inhérent à l'impérialisme, le colonialisme et l'apartheid », estime le mémo.


Revenir à l'histoire de l'ANC

Le document de la Fondation Mbeki reconnaît l'ampleur et les effets dévastateurs du « péché originel » de la « dépossession massive des terres » des Noirs africains. Il affirme également le droit de l'État d'exproprier des terres sans indemnisation « dans l'intérêt public ». Ce à quoi l'ancien président s'oppose principalement, semble-t-il, est le cadre de la discussion. Les auteurs s'appuient notamment sur cet argument du refus d'accepter le principe du racisme inversé qui a amené le Congrès panafricain à rompre avec l'ANC en 1959, note le document. Mais les dirigeants de l'ANC à l'époque étaient motivés à rejeter un « nationalisme racialiste et chauvin étroit ». L'auteur laisse entendre que l'administration actuelle de l'ANC risque de tourner le dos à sa propre histoire. « Fondateurs et anciens dirigeants du parti ont pris la décision consciente d'inclure les Blancs dans la résolution de ce qu'il appelle la question nationale », estime le rapport.

L'actuelle direction de l'ANC est également critiquée pour ne pas avoir fait suffisamment pour impliquer le secteur privé dans le débat foncier. Selon elle, pour que les politiques foncières réussissent sans nuire à l'économie, elles « nécessitent une participation et un soutien conscients du capital privé ». Aujourd'hui, la minorité blanche, qui représente 8 % de la population d'Afrique du Sud, « possède 72 % des fermes », contre « 4 % seulement » pour les Noirs (80 % de la population), selon Cyril Ramaphosa.

L'ANC a « l'obligation de respecter deux principes : l'Afrique du Sud appartient à tous ceux qui l'habitent, les Noirs et les Blancs, et la terre doit être partagée entre ceux qui la travaillent », conclut la Fondation Mbeki.

Lu 659 fois Dernière modification le Dernière modification le septembre 28 2018

Recent Twitter Posts

 

A propos de Africa Times Magazine

Élément de communication tourné vers l’extérieur, AFRICA TIMES MAGAZINE est un bimestriel généraliste qui traite donc de tous les sujets brûlants de l’actualité en Afrique et dans le
monde » ; C’est un magazine qui revendique un rôle éducatif, ludique et social.
AFRICA TIMES , c’est votre magazine qui tentera de vous communiquer des analyses pointues de différents experts multi-sectoriels.

Plus de détails