25 ans après la fin de l'apartheid, l'Afrique du Sud fait le bilan Spécial

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L'Afrique du Sud a commémoré le jour de la liberté, marquant le 25e anniversaire de la fin de l'apartheid. Des festivités qui ont donné lieu à des discours sur les progrès réalisés au cours du dernier quart de siècle et les nombreux défis à relever, notamment le chômage et les inégalités.


Le 27 avril 1994. La première élection depuis la fin de l'apartheid commence en Afrique du Sud. Tous les exclus du régime sont autorisés pour la première fois à voter librement. Près de 20 millions de personnes dont les Noirs sud-africains, qui représentent les trois quarts de la population font la queue afin de pouvoir glisser leur bulletin de vote dans les urnes. Depuis cette date et la victoire de l'ANC de Nelson Mandela, héros de la lutte contre l'apartheid et premier président noir sud-africain démocratiquement élu, les Sud-Africains célèbrent chaque année la Journée de la liberté. Mais un quart de siècle plus tard, le constat est amer. «  La population n'est “pas libre” à cause de la pauvreté qui gangrène le pays  », a regretté samedi le président Cyril Ramaphosa.


L'inégalité et la pauvreté persistent

«  Nous nous rappelons ce moment où nous avons fait une croix sur le bulletin de vote pour la première fois de notre vie  », a témoigné Cyril Ramaphosa à Makhanda (sud, anciennement Grahamstown), haut lieu d'une bataille remportée par Makhanda, guerrier de l'ethnie xhosa, contre les Britanniques en 1819. Cependant, a insisté samedi Cyril Ramaphosa, «  nous ne pouvons pas être une nation libre tant que tant de gens vivent dans la pauvreté (...), n'ont pas assez à manger, n'ont pas de toit digne de ce nom, n'ont pas accès à des services de santé de qualité, n'ont pas les moyens de gagner leur vie  ».

Entre 2011 et 2015, 3 millions de Sud-Africains ont basculé dans la pauvreté, selon la Banque mondiale. Le chômage continue de gangréner la première puissance industrielle du continent et frappe actuellement 27 % de sa population active, contre 20 % en 1994. «  On ne peut pas être une nation libre tant que les fonds destinés aux pauvres sont gaspillés, perdus ou volés  », a ajouté le chef de l'État et président du Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis 1994.

Dans un entretien à l'émission First Citizen de l' eNCA, l'ancien président Frederik Willem de Klerk n'a pas dit autre chose «  l'un de nos plus grands échecs au cours des 25 dernières années a été de ne pas être parvenu à une plus grande égalité. Nous sommes devenus l'une des sociétés les plus inégalitaires au monde.  » Les partis politiques utilisent également la journée à des fins de propagande électorale. Outre le chef de l'État, les opposants étaient mobilisés comme Julius Malema au stade Makhuwa de Vhembe

Pour le chef de l'Alliance démocratique, Mmusi Maimane qui était à Johannesburg pour dévoiler le «  Jobs Act  » : «  les jeunes réalisent que l'ANC n'est plus un mouvement, mais un monument.  » Selon le chef de la principale opposition, «  l'ANC n'a pas concrétisé le rêve de l'ancien président Nelson Mandela d'une Afrique du Sud unie.  » Maimane a pointé la responsabilité de l'ANC, qui n'a pas réussi à mettre en place une économie inclusive et que 10 millions de Sud-Africains sans emploi avaient ainsi été créés. «  Si nous voulons que l'Afrique du Sud soit pour tous... nous devons avoir une économie qui fonctionne pour tous  », a-t-il déclaré, lui aussi en plein campagne à Johannesburg.

Cyril Ramaphosa, au pouvoir depuis 2018, a fait de la corruption un de ses chevaux de bataille, lui qui a succédé à Jacob Zuma, empêtré dans des scandales et poussé à la démission par l'ANC.


L'Afrique du Sud est «  un pays encore profondément inégalitaire (...), les disparités sont fortes entre riches et pauvres (...), entre ceux qui ont un emploi et ceux qui sont au chômage  », a aussi dénoncé le chef de l'État, en pleine campagne électorale.

Depuis 1994, les inégalités ont augmenté en Afrique du Sud, au point d'en faire une des sociétés les plus inégalitaires au monde, selon la Banque mondiale. Malgré l'émergence d'une classe moyenne, 20 % des foyers noirs vivent dans une extrême pauvreté contre 2,9 % des foyers blancs, selon l'Institut sud-africain des relations entre les races (IRR). «  Nous avons combattu l'apartheid ensemble et nous avons triomphé. Ensemble, nous devons relever les défis actuels  », a lancé le président Ramaphosa, à une dizaine de jours des élections législatives et provinciales, appelant à concentrer les «  efforts pour que tous les Sud-Africains puissent profiter des bénéfices économiques et sociaux inhérents à la liberté  ». Un discours qui a trouvé un fort écho parmi la population de Makhanda. «  Il n'y a rien qui ne ressemble à la liberté  », a estimé une habitante en colère de Makhanda, Vuyiswa, 31 ans. «  On est sans emploi, sans logement, sans eau  », a-t-elle expliqué à l'AFP. «  Des dames plus âgées doivent faire leurs besoins dans des seaux et jeter le contenu pendant la nuit. Ce n'est pas sûr  », a-t-elle dénoncé. «  Nous sommes toujours dans l'apartheid.  »

«  Le 8 mai, des millions de Sud-Africains iront une nouvelle fois exercer leur droit de vote durement acquis  », a conclu Cyril Ramaphosa. «  Comme ceux qui sont allés aux urnes pour le première fois en 1994, ils tiendront dans leurs mains la destinée de notre nation  », a-t-il lancé.

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